Ensemble de sculptures
Plantes carnivores en sucre pastillé ou en cire d'huile de palme
Dome en plastique et bois, sol de sucre ou de mais
Saccharomania
Le nom et la forme de ces objets font directement référence à une mode anglaise, la ptéridomania. Au XIX, la mode des terrariums pour y cultiver des plantes délicates venues de contrées lointaines explose dans la bourgeoisie victorienne. S’inspirant des Wardian cases – ces serres portables qui ont permis de transporter et de conserver vivants de nouveaux specimen végétaux venus par la mer d’outre Atlantique –les créateurs de mobilier rivalisent alors d’extravagance pour composer du mobilier à végétaliser pour les intérieurs victoriens. Dans ces écrins compliqués s’installent principalement des fougères (les pteridophytes du nom), mais aussi des plantes rares ou étranges, comme les plantes carnivores. Ces dernières m’intéressent particulièrement par les mythes qu’elles ont pu véhiculer dans l’imaginaire européen (plantes mangeuses d’hommes ) et le baroque de leurs formes sophistiquées.
Cette idée du microcosme « naturel » que l’on peut avoir dans son salon montre notre inconditionnel besoin de possession et d’utilisation du vivant, mais c’est aussi un signe de notre fascination pour ce monde du végétal qui reste à explorer encore aujourd’hui.
La matière sucre illustre notre rapport complexe, en tant qu’occidental, avec les végétaux.
Le sucre est, une des premières production agricole mondiale, et la plante d’origine, saccharum officinalis, prélevée à l’origine dans la nature pour en faire la culture, a aujourd’hui complètement disparu à l’état sauvage.
En Europe, la culture de la canne à sucre a été à l’origine d’une double déportation, celle du végétal bien sûr, importée pour en faire la culture sur l’ile de la Réunion par exemple, mais aussi et surtout celle de milliers d’esclaves chargés de la cultiver et de la transformer en sucre.
En effet, historiquement, ce produit qui fait partie aujourd’hui des produits de base très bon marché, était nommé sous Napoléon « l’or blanc », et fit l’objet de guerres entre nations.
Mes sculptures en sucre moulé gardent cette préciosité ambigüe, inscrite dans le côté pailleté et délicat du sucre raffiné.
Palmatomania
La pteridomania a été une vogue victorienne, où chaque intérieur bourgeois se devait de possèder un mobilier de genre nouveau : un terrarium de salon. Ainsi, après les cabinets de curiosité où se collectionnaient les reliques de la nature des lointains, on pouvait admirer et faire pousser des collections de végétaux vivants, dans leur microcosme transparent. Un univers exotique et domestique, que chacun pouvait régler à sa guise. Ici, reprenant cette esthétique dix-neuviémiste sous globe, une collection de plantes carnivores se dresse dans une blancheur immaculée. Une reprise des formes botaniques, mais composée d’une matière mangeuse de territoires et de forêts : ces végétaux sont en cire d’huile de palme.